On trouve trace de l’engagement de Simone Kahn [Breton] dès 1928, dans une souscription du Bulletin communiste de janvier-mars, au nom de Simone B. Son engagement politique n’est pas la résultante d’un simple effet de groupe, mais le fruit d’un ensemble de convictions personnelles, qui vont s’affirmer tout au long de la décennie. Les années suivantes, elle fréquente les milieux d’extrême gauche, et surtout le groupe de la Gauche communiste française, c’est-à-dire de la frange communiste opposée à l’Internationale Communiste. C’est au sein de ce groupe qu’elle rencontre Michel Collinet en 1932, qu’elle épousera le 28 avril 1938. Cette proximité accrue avec le militantisme d’opposition la conduit à prendre part activement aux différentes revues proches de la mouvance, par exemple la revue Masses de René Lefeuvre, en décembre 1933. De plus, elle signe dans les numéros du 1er juillet 1934 et du 1er janvier 1935 de la revue Les Primaires l’article « La psychologie collective du fascisme », recension longue, documentée et traversée de réflexions personnelles de l’ouvrage du même titre du psychanalyste Wilhelm Reich. Dans le numéro du 15 mars 1937 de La Gauche révolutionnaire, elle publie un autre long article, « Histoire de Russes », consacré au troisième des grands procès de Moscou contre les trotskystes. Elle condamne bien évidemment ces purges, et prend la défense de Léon Trotsky. À côté de ces articles, elle participe aussi à de nombreux congrès avec Collinet : au congrès de la fédération unitaire de l’enseignement en août 1934 à Montpellier ou comme membre du comité directeur de la tendance Gauche révolutionnaire de la SFIO en 1935. Après la guerre d’Espagne, elle est militante du Parti socialiste ouvrier et paysan, créé au congrès de Royan et elle écrit dans sa revue, Juin 1936. Parmi ses interventions, on peut relever celle à la conférence nationale du PSOP des 16 et 17 juillet 1938 à Royan, le 17 mars 1938 à Boulogne-Billancourt, comme membre des Femmes socialistes, et aussi au premier congrès national du PSOP en mai 1939, pour présenter le rapport de la commission de Solidarité. JC et KS


« La psychologie collective du fascisme » de Wilhelm Reich par Simone Kahn
Simone Kahn entretient une correspondance avec Wilhelm Reich dans les années 1930. La longue recension qu’elle lui consacre pour la revue Les Primaires (N°49-50) atteste chez elle de la survivance au surréalisme du projet de réunir Marx et Freud, la libération des masses travailleuses et celle du corps. Elle s’attache notamment à montrer comment la psychanalyse seule peut permettre de fournir l’explication adéquate des mécanismes qui, sous la forme de l’idéologie et de la tradition, conduisent le prolétariat à désirer ce qui est contraire à ses intérêts objectifs de classe, c’est-à-dire le fascisme. La psychanalyse seule, nous dit l’auteure, peut analyser les processus de répression sexuelle qui détournent les membres de la société d’une conscience de classe authentique, aussi bien dans l’idéologie familiale que dans sa forme politique la plus extrême, le culte du Führer et de la Mère Patrie. Ainsi, bien au-delà d’une recension de Reich, l’article long de plus d’une vingtaine de pages livre la pensée politique de Simone Kahn, son analyse de l’échec de la social-démocratie, ainsi que de l’avènement du fascisme en Europe. Il contient ainsi la synthèse de ses multiples engagements tout au long de sa vie : antifascisme, socialisme révolutionnaire, libération sexuelle. JC

