Guiseppe Arcimboldo (Milan, 1526 – Milan, 1593)
Si le Surréalisme se range dès sa création contre les grands maîtres classiques, les fondateurs du groupe reconnaissent comme modèles certaines figures de la Renaissance italienne, considérées comme de précurseurs de l’esthétique surréaliste. Parmi eux figurent notamment Paolo Uccello et Arcimboldo. Au fil des années, le rôle de ces artistes évolue dans la pensée de Breton et font l’objet de réévaluations et d’exclusions. Celui d’Arcimboldo semble par exemple être remis en question après-guerre, ce qui rend encore plus emblématique le choix de Simone Kahn d’inaugurer la Galerie Furstenberg avec une ambitieuse exposition dédiée à ses Têtes composées. Du 30 mars au 30 avril 1954, six portraits de l’artiste italien sont exposés avec onze œuvres d’artistes similaires des XVIe et XVIIe siècles, tous provenant de collections particulières, françaises et internationales (Bruxelles, Rome, Lausanne), ce qui montre la confiance que Simone Kahn inspirait déjà dans le milieu. AE






























Dorothea Tanning (Galesburg/Illinois, 1910 – New York, 2012)
Après avoir inauguré sa galerie par une exposition consacrée à Giuseppe Arcimboldo, Simone Collinet oriente résolument son programme vers la création contemporaine. En mai 1954, elle organise la première exposition d’art vivant de la galerie, consacrée à Dorothea Tanning, artiste alors méconnue en France.
Originaire des États-Unis, Tanning s’est installée à Paris l’année précédente, en compagnie de son époux Max Ernst, qu’elle avait rencontré durant la Seconde Guerre mondiale à New York. L’exposition réunit une vingtaine d’œuvres récentes, révélant un univers pictural singulier, à la croisée du surréalisme et d’une sensibilité très personnelle, marquée par le rêve, l’ambiguïté et le corps féminin. Ce choix témoigne de l’intérêt de Collinet pour les expressions nouvelles du surréalisme d’après-guerre et son engagement à promouvoir des figures encore marginales sur la scène française.
Le catalogue, d’un format modeste, inaugure une ligne éditoriale caractéristique de la galerie : des reproductions choisies et des textes d’accompagnement littéraires ou poétiques, signés ici de plusieurs proches du cercle surréaliste – André Pieyre de Mandiargues, René Bertelé et Jean-Louis Bédouin. Parallèlement, Simone Collinet tente de faire publier un article de fond dans la revue Preuves, sous la plume de Simone Arbois, son pseudonyme. Si ce projet n’aboutit pas, il illustre néanmoins la détermination de la galeriste à inscrire l’œuvre de Tanning dans le débat critique et à lui ouvrir une reconnaissance en France.
Cette première exposition pose ainsi les jalons d’un dialogue fécond entre une galeriste visionnaire et les avant-gardes internationales de son temps. JD















Man Ray (Philadelphia/Pennsylvania, 1890 – Paris, 1976)
Amis de Simone Kahn dès le début des années vingt, Man Ray est l’un des artistes du mouvement historique qui restera le plus proche après sa séparation d’André Breton. Auteur de ses plus beaux et emblématiques portraits de jeunesse dans l’atelier de la rue Fontaine, et qui l’immortalise aussi comme une figure centrale dans la naissance du mouvement dans sa photo – historique – de 1924 au bureau des recherches surréalistes, Man Ray demeure une figure centrale aussi dans la trajectoire de Simone Kahn après la Seconde Guerre mondiale.
L’artiste sera une des pointures de la programmation de la galerie Furstenberg dès son ouverture. La troisième exposition de 1954, année d’ouverture de la galerie, sera en effet consacrée à ses peintures ; à cette occasion Man Ray réalise d’ailleurs une série de prises de vue de l’accrochage, ainsi que deux rares photographies de la devanture de la galerie. Une deuxième exposition de ses Peintures surréalistes de tous les temps sera ensuite organisée en juin 1959.
Man Ray et Simone partagent aussi la fascination pour le travail d’Arcimboldo, dont l’œuvre est considérée par les deux comme fondatrice pour l’esthétique surréaliste. Pour l’exposition inaugurale de la galerie Furstenberg sur les têtes d’Arcimboldo et de ses contemporains, Man Ray prête en effet une œuvre d’un peintre arcimboldesque appartenant à sa collection personnelle, Arcimboldo étant l’un de ses modèles déclarés auquel l’artiste consacre son Portrait imaginaire d’Arcimboldo l’année précédente. AE







paul elsas


Claude Domec (Paris, 1902 – Paris, 1983)
Peintre autodidacte, Claude Domec rejoint, dès les années trente, les cercles du groupe surréaliste, fréquentant notamment Robert et Kouki Desnos. Bien qu’en lien avec ce milieu parisien, il choisit de travailler à l’écart de la capitale, à Marnay-sur-Seine, dans une démarche indépendante qui marquera l’ensemble de son parcours.
Au cours des années quarante, Domec séjourne aux États-Unis, où il retrouve son beau-frère, le peintre américain Léon Kroll, et où il développe son œuvre dans un contexte transatlantique. Il participe régulièrement au Salon des Tuileries entre 1934 et 1939, affirmant progressivement sa présence sur la scène artistique française.
De retour à Paris, il expose à plusieurs reprises : à la galerie de l’Élysée en 1946, puis à la galerie Furstenberg en 1954, 1956 et 1960. Ces expositions ponctuent un parcours singulier, en marge des courants dominants, mais ancré dans une sensibilité moderne nourrie à la fois par le surréalisme et par des expériences personnelles plus silencieuses, loin des avant-gardes tapageuses. JD





Edgar Jené (Sarrebruck, 1904 – La Chapelle-Saint-André, 1984)
Dans la « maison d’artistes » que Simone Collinet construit autour de sa galerie, Edgar Jené occupe une place singulière. Originaire de Sarrebruck, l’artiste bénéficie entre 1954 et 1960 de cinq expositions personnelles, chacune accompagnée d’un catalogue soigné et d’un important travail de presse. Les retombées critiques sont nombreuses, dans les journaux comme dans les revues spécialisées.
Peut-être Simone Collinet, ayant grandi en Alsace, a-t-elle perçu une affinité personnelle avec cet artiste de sept ans son cadet, issu lui-même d’une famille d’origine lorraine ? Quoi qu’il en soit, au moment de leur rencontre, Jené jouit déjà d’une reconnaissance internationale : ses œuvres ont été exposées en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Italie, et jusqu’à New York.
La galeriste semble alors déployer tous ses efforts pour établir sa notoriété sur la scène française. Les archives et les livres conservés dans la galerie en témoignent : Simone Collinet suit de près la carrière de Jené, elle organise, relance, intervient. En 1957, elle obtient ainsi avec succès l’intégration d’une œuvre de l’artiste à l’exposition L’Art fantastique au musée des Beaux-Arts de Bordeaux – une reconnaissance institutionnelle précieuse.
La correspondance échangée entre la galeriste et Jené révèle une relation empreinte d’estime mutuelle et d’une véritable complicité intellectuelle et amicale. JD
























































Jacques Hérold (Piatra Neamț, 1910 – Paris, 1987)





Georges Hugnet (Paris, 1906 – Saint-Martin-de-Ré, 1974)
Figure centrale dans le surréalisme pendant les années trente, Georges Hugnet a participé aux activités du mouvement à travers sa production littéraire, la réalisation d’œuvres graphiques, notamment des collages, ainsi que la production de précieuses couvertures et reliures d’ouvrages. Hugnet s’écarte du mouvement vers 1938, mais il ne cesse pas son activité littéraire et artistique les années suivantes. En décembre 1954, seulement quelques mois après l’ouverture de la Galerie Furstenberg, Simone organise une exposition de son travail graphique récent, présenté par un élégant catalogue illustré en couleur, préfacé par le pianiste George Auric, ami de l’artiste. AE





