









La présence de Simone Kahn [Breton] au cœur des deux premières photographies officielles du groupe au Bureau de recherches surréalistes, imprimées en couverture du premier numéro de La Révolution surréaliste en 1924, atteste de sa place dans la dynamique du mouvement. Elle s’impose par sa personnalité lorsqu’elle prend la parole, participe aux réunions et aux activités collectives en marquant sa singularité. En 1922, elle prend part aux expériences des sommeils hypnotiques qui se tiennent rue Fontaine et dont elle relate tout le déroulement à sa cousine Denise Kahn [Lévy]. En 1924 elle tient la permanence de la Centrale surréaliste où elle gère les abonnements à la revue du groupe, et ne manque pas de s’insurger auprès de ses camarades masculins contre le rôle marginal des permanentes… On retrouve également sa présence dans de nombreux jeux surréalistes : son mariage avec Breton ne l’empêche pas, par exemple, de sanctionner d’un « -20/20 » les « femmes mariées » dans le jeu surréaliste de la notation. Enfin, son texte d’écriture automatique dans le numéro 1, et un cadavre exquis dans le numéro 2 font d’elle une des premières et seules contributrices à La Révolution surréaliste. Au-delà de ces quelques rares traces d’une présence active dans le mouvement, tous les témoignages et correspondances confirment la place centrale de Simone Kahn dans la vie quotidienne du groupe jusqu’à la séparation avec Breton en 1928. À cette date, l’histoire intime du couple se mêle à l’histoire collective du surréalisme et à celle de ses crises et recompositions. JC et KS
Cahier d’écriture automatique et de poèmes-collages
« André m’a donné un cahier de 100 pages d’or et de diamants dont je me sens toute reluisante », écrit Simone Kahn [Breton] à Denise Kahn [Lévy]. Au printemps 1924, André Breton a distribué des cahiers d’écolier à ses amis pour qu’ils puissent y « faire du surréalisme ». Celui de Simone Kahn [Breton] présente des poèmes-collages suivis d’un texte automatique en quatre parties relatant un rêve. La troisième partie est reproduite dans le numéro 1 de La Révolution surréaliste, précédé des seules initiales « S. B. ». Malgré d’autres tentatives, comme le laissent croire ses lettres à Denise Kahn [Lévy], ce texte est le seul qu’elle publie dans la revue. Dans une lettre du 4 février 1925, Breton envoie à son épouse son « carnet de coupures » de presse, qui comprend la recension positive figurant dans Le Radeau : « Parmi les textes surréalistes qui nous fournissent des preuves surprenantes de ce que cette liberté va donner à l’art, ceux de Robert Desnos, de Louis Aragon, mais surtout de S. B., dégagent une poésie de sources chimériques. » JC et KS

