Simone et André Breton, mariage et partenariat intellectuel

« Vous savez, je ne suis pas dadaïste », déclare Simone Kahn à André Breton le jour de leur rencontre au jardin du Luxembourg à la fin du mois de juin 1920, Théodore Fraenkel étant l’intermédiaire. Un échange épistolaire quasi quotidien et passionné commence le mois suivant entre les jeunes amants. Ils se marient le 15 septembre 1921, en présence de Paul Valéry comme témoin, avant de partir en lune de miel au Tyrol et à Vienne, où Breton rencontrera Sigmund Freud. Dans ses lettres à Simone Kahn [Breton], le poète confie la chronique de ses lectures, ses réflexions personnelles sur l’art et la littérature, sa vie quotidienne dans les galeries et les marchés, ses opinions sur leurs amis surréalistes, etc. Toute la décennie durant, cette correspondance écrite « au grand jour » rend compte de la vie intime et collective de Breton dans le plus grand détail : des épisodes de l’« amour folie » avec Lise Hirtz [Meyer], Léona Delcourt ou Suzanne Muzard à ses difficultés à écrire Nadja et jusqu’aux doutes et aux espoirs qu’il place dans le devenir révolutionnaire du surréalisme. Si la voix de Simone Kahn [Breton], nous manque, on comprend toutefois à la lecture de ces lettres qu’elle est alors le premier partenaire intellectuel d’André Breton à cette époque. Son écriture apparaît d’ailleurs sur plusieurs des manuscrits du poète comme L’Année des chapeaux rouges et Le Surréalisme et la peinture. Cette intense relation prendra fin en 1928, et le couple divorcera en 1931. JC et KS

Denise Kahn

(Sarreguemines, 1896 – Paris, 1969)

« Ma Denise, je t’écris. Je t’écris. Tout ce qui se déroule dans mon âme se déroule devant toi » (lettre de 1923, non datée). En l’absence des lettres qu’elle écrit à André Breton, dans les années 1920, nous entendons la voix de Simone Kahn grâce à sa correspondance avec sa cousine Denise Kahn [Lévy]. Cette dernière fait aussi partie de l’aventure surréaliste. Épouse, certes, de Pierre Naville à partir de 1926, et muse de Louis Aragon, René Char et Maxime Alexandre, elle contribue aux activités du mouvement, notamment par la publication de deux textes au numéro 3 de La Révolution surréaliste. En qualité de germanophone, elle est traductrice pour le groupe : elle traduit Theodor Lessing pour La Révolution surréaliste ainsi que d’autres auteurs pour des revues de proches collaborateurs (Commerce). Elle est aussi une militante engagée, qui met sa plume au service de la révolution, avec des traductions pour des journaux trotskystes (La lutte des classes, La Vérité). Après son éloignement du groupe surréaliste en 1928, la « camarade Denise » noue une relation avec Léon Trotsky, pour qui elle traduit des textes en français ( Vers le capitalisme ou vers le socialisme en 1928) et du russe à l’allemand (Die Permanente Revolution en 1930). Plus tard, elle sera une traductrice importante de Friedrich Hölderlin, Carl von Clausewitz, Karl Marx, Friedrich Engels, Nikolaï Boukharine, etc. JC et KS