1960

Stanislao Lepri (Rome, 1905 – Paris, 1980)

Installé à Paris depuis 1946 avec sa compagne Leonor Fini, Stanislao Lepri intègre la Galerie Furstenberg en février 1960 avec une exposition individuelle. Peintre de la branche italienne de l’art néo-romantique/fantastique de l’après-guerre, son œuvre fait référence à un imaginaire onirique, lié à sa mémoire et à ses origines romaines, qui mêle mythes, traditions et images visionnaires. Simone Kahn lui consacre une autre exposition l’année suivante (novembre/décembre 1961), et demande à Patrick Waldberg un texte en ouverture du catalogue. Ce contact avec Waldberg, certainement précieux pour l’artiste, lui vaudra une participation à l’exposition Surréalisme. Sources, histoire, affinités, que Waldberg lui-même organise en 1964 à la Galerie Charpentier. AE

Henri Dimier (Valenciennes, 1899 – Eaubonne, 1986)

Artiste plasticien originaire de Valenciennes, Henri Dimier vit à Paris depuis 1902, où il fréquente pendant un an l’École des beaux-arts en 1919. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, il mène une vie plus retirée, marquée par l’amitié et la collaboration avec une poignée d’artistes dont font partie Claude Domec et Maurice Baskine, les deux soutenus par Simone dès l’ouverture de la Galerie Furstenberg. On peut donc imaginer que c’est par l’intermédiaire de Baskine et Domec que Simone rencontre Dimier et qu’elle décide de lui consacrer sa toute première exposition personnelle en février/mars 1960.

Des huiles et des dessins y sont présentés, représentant l’univers onirique de l’artiste, qui explore des espaces entre figuration et abstraction en mélangeant peinture et pastel.

L’exposition représente un moment décisif dans la carrière de Dimier aussi car, à cette occasion, l’État achète la toile Le joueur de flûte pour les collections du Musée d’art moderne. Comme on l’apprend dans les échanges conservés dans les archives, Simone négocie un prix particulièrement avantageux pour le musée, demandant toutefois en contrepartie que l’œuvre soit mise en valeur dans les salles. AE

Jerzy tchorzweski

claude domec

Jean-Jacques Lebel (Paris, 1936)

Jean-Jacques Lebel, proche ami de Simone Kahn qui l’a connu enfant, s’impose comme une figure emblématique d’une génération d’artistes ayant contribué à la « révolution culturelle » des années soixante, tout en jouant un rôle déterminant de médiateur de la Beat Generation en France. Dès ses débuts, il poursuit un objectif constant : unir création artistique et philosophie de vie.

Formé à New York puis à Florence, il rejoint dans les années cinquante le cercle des surréalistes parisiens. Son œuvre, marquée par l’héritage d’André Breton et de Max Ernst ainsi que par l’esprit iconoclaste de Marcel Duchamp, s’inscrit dans une filiation à la fois intellectuelle et plastique.

Après une première exposition à la Galleria Numero de Florence en 1955, suivie d’une présentation à la galerie d’Iris Clert en 1957, Simone Collinet lui consacre au printemps 1960 (27 mai – 10 juin) « la première exposition importante à Paris » dans sa galerie, comme elle l’écrit dans une lettre au rédacteur en chef de la RTF, soucieuse — comme à son habitude — de donner le plus grand retentissement possible à l’événement. Lebel y présente des peintures et des dessins, mais aussi Front unique, la revue qu’il avait fondée en 1955 (1re série entre février 1955 et juillet 1958, 2e série entre le printemps 1959 et l’hiver 1960), affirmant déjà sa volonté de créer des passerelles entre pratiques artistiques et engagement intellectuel.

À cette occasion, son ami et complice Alain Jouffroy — avec lequel il sera exclu la même année du mouvement surréaliste avant d’initier ensemble les manifestations anti-procès — signe dans Combat un article soulignant la radicalité de Lebel et son engagement en faveur d’un art libre, porteur d’un souffle anarchiste. JD

Augustin Fernandez (La Havane, 1928 – New York, 2006)

Augustin Fernandez est un artiste cubain né à La Havane en 1928. Après une formation internationale, comprenant des années d’études à la Art Students League de New York, où il suit des cours de George Grosz, Fernandez revient à Cuba à la fin des années cinquante. C’est dans cette ville, après la Victoire de révolutionnaires, qu’il obtient une bourse pour étudier la peinture en Europe. Il s’installe à Paris en 1959, où il restera jusqu’en 1968. À son arrivée dans la capitale française, il s’immerge dans le cercle des surréalistes d’après-guerre et il entre, probablement par ce biais, en contact avec Simone Kahn. Il obtient sa première exposition à la Galerie Furstenberg l’année suivante, en octobre/novembre 1960 où il présente 34 œuvres. Simone Kahn organisera une deuxième exposition de l’artiste en mai 1962, et une troisième en 1964, devenant la seule vitrine parisienne pour les peintures de Fernandez jusqu’à la fermeture de la galerie en 1965.

Les œuvres de Fernandez sont associées au surréalisme par leur connotation érotique, par leurs formes ambiguës et par l’équilibre précaire qui les caractérise, évoquant un univers instable et onirique. AE

Helen Lemprière (Melbourne, 1907 – Sydney, 1991)

Fille d’une famille australienne aisée, Helen Lemprière commence sa carrière artistique à Melbourne, où elle peint des paysages. En 1950, elle s’installe à Paris avec son mari et se consacre progressivement à la mythologie des Aborigènes australiens. Son style est marqué à la fois par ses études à l’Académie moderne de Fernand Léger et par ses échanges avec le peintre Fred Klein. La galerie Furstenberg présente son travail à deux reprises, en 1960 et en 1963, à un moment où l’artiste s’éloigne de la peinture figurative pour condenser mythe, rêve et couleur dans un langage pictural fortement chargé de symbolisme. Auparavant, Helen Lemprière avait déjà exposé ses œuvres dans plusieurs expositions individuelles et collectives en France, en Italie, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et aux Pays-Bas. JM

Edgard jené

frank J.malina