L’atelier du 42 rue Fontaine

Simone et André Breton emménagent au 42 rue Fontaine le 1er janvier 1922. L’appartement devient immédiatement un foyer de création et un lieu de rencontre pour les amis surréalistes, ce dont témoignent les photographies des Archives de Simone Kahn, véritable chronique de la vie quotidienne de l’atelier. Ils l’aménagent pour recevoir les œuvres des arts populaires, des arts extra-occidentaux ou des artistes modernes qu’ils défendent. À la faveur de cet engagement pour l’art de leur temps, les rôles de Simone Kahn [Breton] se multiplient dès le départ : elle se fait tantôt acheteuse voire intermédiaire pour sa cousine Denise Kahn [Lévy] lors des ventes de séquestre de Daniel-Henry Kahnweiler, interlocutrice de Jacques Doucet, pour lequel Breton travaille comme conseiller artistique, ou encore décoratrice d’intérieur au goût de la dernière mode dans l’atelier. Tout au long des années 1920, la correspondance des époux documente les allées venues incessantes des peintures et des objets au cœur de leur couple, depuis son « premier tableau » qu’il lui a offert pour leurs fiançailles (Chien tenant un oiseau dans sa gueule d’André Derain, 1921) et jusqu’à leur divorce. L’inventaire notarial établi à cette occasion pour procéder au partage des œuvres acquises conjointement rend compte de l’étendue du vide laissé par le départ de Simone Kahn dans la collection du 42 rue Fontaine. JC et KS

Simone Kahn sur le divan de l’atelier

Vers 1927, plusieurs des rares photographies de l’atelier du 42 rue Fontaine manifestent le rôle de Simone Kahn [Breton] dans la constitution de la collection du couple. Sur l’une d’elles, elle pose en « jeune femme moderne » sur le divan de l’atelier, sous les œuvres accrochées au mur : un masque Punu du Gabon et un masque Baoulé de Côte d’Ivoire, un masque blanc Vuvi ainsi qu’un masque du Sepik et un totem de Colombie-Britannique, une nature morte de Georges Braque de 1912-1913, Une dormeuse (1926) de Yves Tanguy et Un tremblement de terre très doux (c. 1923) de Max Ernst. Autour d’elle plusieurs coussins aux motifs géométriques, l’un étant de Sonia Delaunay. Ces juxtapositions cristallisent un moment de réflexion décisif sur les liens entre le surréalisme et la peinture peu après la publication du texte éponyme par Breton et l’ouverture de la Galerie surréaliste rue de Seine. Au cœur de cet agencement, dont elle est aussi à l’origine, Simone Kahn [Breton] conservera la plupart des œuvres présentes sur cette image au moment de son divorce en 1931. JC et KS